Départ Dimanche matin,direction Monogaga.
Le réveil est un peu dur aprés la soirée passée! Mais l'envie de revoir Monogaga fait vite oublier le "mal de tronche"!
En sortant de San Pedro,aprés le carrefour des douanes,nous prenons donc la fameuse côtière. Bon,pas trop de changement,la route est toujours aussi défoncée,les trous se sont
accentués...Mais,j'ai parlé un peu vite,le changement va nous frapper de plein fouet durant tout le trajet jusqu'à destination...
Ce que j'ai constaté de l'avion quelques jours avant se confirme,c'est flagrant: il n'y a plus de forêt le long de la route,juste des arbres calcinés et des champs de cultures à la
place.
Arrivés au panneau "la langouste d'or" qui nous indique le chemin de la plage,jp et moi posons la même question:"ben,c'est quoi cette nouvelle route?"
Non,nous ne nous sommes pas trompés,c'est bien la même route mais ce n'est qu'une piste de latérite agrandie au milieu d'une savane!
Tout le long de la route,c'est le choc,ici aussi,il n'y a plus le moindre hectare de forêt,plus un arbre,la piste de Monogaga si jolie lorsqu'elle était ombragée par tous ces arbres majestueux
qui formaient des voûtes naturelles au dessus de la route n'existe plus,au lieu de cela,c'est un désert,les bois gisent par terre et de gros villages se sont construits de par et d'autre de la
route.
Que s'est-il passé?La faute à qui?....beaucoup d'enjeux s'entremêlent dans cette déchéance:
des forestiers qui ratissent tout,des villageois qui ont fui le Nord de la Côte
d'Ivoire à cause de la guerre et qui s'installent sur ces mêmes endroits râtissés,ces villageois qui font leurs champs sur les terrains défrichés par les forestiers et qui brûlent le reste pour
agrandir leurs villages et leurs cultures,le gouvernement qui a laissé faire,les ministères corrompus qui ont vendu les terres ivoiriennes.
tout le monde est impliqué,tout le monde est fautif...
J'en ai les larmes aux yeux,des larmes de révolte,en me demandant combien de temps encore allons nous rester CONS?
Arrivés à Monogaga,ma révolte s'apaise mais pour une courte durée.On déballe les
affaires,on met les maillots,le soleil est radieux,la journée s'annonce sympathique.
On retrouve les cabanons de chacun,où les souvenirs de fêtes de fin d'année sont
mémorables,les grandes pirogues colorées sont toujours à l'eau,aux mêmes emplacements,le village des pêcheurs n'a pas bougé,c'est juste un doux moment d
e retrouvailles...
Par contre,en descendant du cabanon,pour se rendre à l'eau,plus de plage! En
fait,pas beaucoup de place pour y poser la serviette! La plage est une petite dune à descendre et hop,direct,les pieds dans l'eau!
La mer a pris ses quartiers en emportant la plage et elle ronge désormais les
cabanons (qui finiront dans l'eau,c'est sûr!) ,la faute à la montée des eaux dont on parle tellement?possible.
Moi,je dirais la faute surtout à l'embouchure qui s'est largement ouverte et qui ne se refermera
plus. L'embouchure de Monogaga ne se refermera plus car il n'y a plus de forêt pour irriguer naturellement les flux. Plein de petites causes qui semblent sans importance mais qui,en
s'accumulant,forment une conséquence de désastre écologique.
On ressent ce désastre toute la journée,on n'entendra aucun cri d'oiseau,on n'en
verra pas un seul.En regardant bien derrière les cabanons, la brousse imposante de l'époque a bel et bien disparue.
Désormais,c'est une étendue d'eau,une immense mangrove à la place, qui ne peut pas être
régulée...Monogaga est sur sa fin.
D'ailleurs,on a appris,il y a quelques jours,que des cabanons ont déjà été inondés.
C'est avec un dernier regard triste et une amertume non dissimulée que l'on quittera cette plage que l'on a si bien aimée...
En rangeant les sacs dans la voiture,un habitant de Monogaga vient nous saluer. On échange quelques mots avant qu'il ne nous parle de ce qu'il fait.Ce type trés sympa est aussi désarmé que
nous face à l'ampleur de la catastrophe mais essaye de donner un sursis à Monogaga.Il fait partie de ces villageois conscients du problême et avec son petit groupe,ils ont tenté d'alerter les ong
et autres organismes internationaux.Il nous dit qu'une délégation européenne a entendu leur cri d'urgence et doit venir constater les dégâts afin de sauvegarder le peu qu'il reste et de
tenter de réhabiliter cette forêt et ses occupants.Est-ce une utopie,une illusion,viendront-ils vraiment?auront-ils les moyens de faire quoi que ce soit ou abandonneront-ils face à l'ampleur du
projet?
Cet homme me fait de la peine,il veut nous convaincre qu'il y a encore un moyen de sauver Monogaga mais je me dit qu'il se voile la face pour ne pas montrer que lui aussi n'y croit plus...
Je sais que vous vous attendiez à ce que je vous décrive la plage de votre enfance telle que vous l'avez connu mais je ne pouvais pas mentir en vous contant les petits papillons et les oiseaux
multicolores,la plage de sable fin et la journée de bonheur passée à Monogaga.
Nous avons passé une bonne journée avec les amis néanmoins le fait de penser que c'était certainement la dernière journée passée sur cette plage ne nous a pas quitté...
N'oublions surtout pas que cette forêt,autrefois préservée,était classée au patrimoine mondial de l'Unesco.Comment-a-t-on pû permettre la déforestation?Si,même nos forêts classées sont
attaquées,comment se battre,que laisserons nous à nos enfants à part les cendres de notre bonne vieille planéte bleue?.....
mots des amis